Lénine Al-Ramli, un nom d'or qui fait rire autant que pleurer

Dr Nesrine Choucri Mardi 17 Mars 2020-16:16:22 Chronique et Analyse
Lénine Al-Ramli
Lénine Al-Ramli

Tout écrivain disposant d’une vision est capable de tracer un monde différent. Par sa plume, il peut retracer son univers d’une manière différente. Un auteur est avant tout une vision. Ainsi, peut-il tracer son nom dans les annales de l’histoire avec des lettres d’or. Lénine Al-Ramli fait partie de cette lignée d’écrivains, de dramaturges et d’intellectuels. N’étant plus de notre monde, ses œuvres théatrales, cinématographiques ou même télévisées ont laissé une empreinte indéniable.  Ces oeuvres ont fait rire autant que pleurer ses spectateurs. Le Progrès Egyptien vous offre une plongée dans le monde d’Al-Ramli.

 

 

 

Lénine Al-Ramli, un nom qui a marqué la scène théâtrale égyptienne et qui demeure dans les esprits même s'il n'est plus de notre monde. Son nom complet est Lénine Fathi Abdallah Al-Ramli. Né au Caire le 18 août en 1945, il poursuit ses études à l'Institut supérieur des arts théâtraux. En 1970, il finit ses études au département de la critique et de la littérature. Il a rédigé de nombreux feuilletons très marquants dont "Hend et Dr Noman","Histoire de Mizo". Il a de même des pièces de théâtre très célèbres "Point de vue" (Wéghat Nazr), ou encore des films comme "L'homme qui a éternué".

S’il faut commencer par un élément concernant la vie de Lénine Al-Ramli, il faut d’abord parler de son prénom assez marquant. Tout au long de sa vie, il a été à la source de discussions : un prénom bien étrange pour un jeune égyptien surtout à son époque. Dans une interview accordée au journal Al-Youm7, Al-Ramli a dit de son vivant : “Souvent, on m’a demandé de changer mon prénom. Je ne le ferai pas. Je l’adore. Mon père m’a donné ce prénom parce qu’il était fasciné par le leader communiste Vladimir Lénine. En effet, je suis le fils d’un père et d’une mère qui croyaient aux idées communistes. Mon père était un journaliste ainsi qu’un militant communiste. Et, ma mère, était un des cadres du mouvement communiste égyptien. D’où leur attachement à me donner le nom du leader communiste français.

Et l’écrivain de renchérir : “Je tiens à mon prénom, le simple fait de le changer est pour moi une forme de lâcheté et de peur. Evidemment, j’ai vécu différentes situations à cause de mon nom. Ainsi, Salah Jahine m’a proposé de publier un de mes romans à condition que je change mon nom. J’ai dû refuser son offre. Plusieurs années plus tard, je suis allé voir le grandissime Fouad Al-Mohandesse avec une de mes pièces de théâtre. Il l'a adorée et a pris la décision de la jouer. Quand il m’a posé la question sur mon nom, je lui ai dit : “Lénine Al-Ramli”. Là, Al-Mohandesse m'a posé la question : “C’est le nom que tu souhaites rédiger sur l’affiche?” Je me suis retiré en silence. Plusieurs années plus tard, Al-Mohandesse a travaillé avec moi et il a mis mon nom sur l’affiche d’une de ses pièces de théâtre”. Ce qui caractérise le travail de Lénine Al-Ramli c’est surtout sa capacité à écrire une comédie noire qui fait autant rire que pleurer. A noter que ces pièces de théâtre ont nettement marqué le théâtre arabe.

 

Wéghat Nazr (Point de vue) :

Parmi celles-ci, nous pouvons citer “Wéghat Nazr” (Point de vue), interprétée par le grand Mohamed Sobhi. La pièce s’ouvre avec l’arrivée d’un jeune homme non-voyant du nom d’Arafa (interprété par Mohamed Sobhi) pour un foyer qui reçoit les non-voyants sous prétexte de les réhabiliter pour le marché du travail. En réalité, les responsables dudit foyer exploitent les non-voyants pour faire une fortune. Un modèle de corruption inédit. Arafa qui vient d’arriver détecte tout de suite la corruption et essaye de faire face à ce fléau. A plusieurs reprises, les responsables du foyer pensent qu’il est voyant et qu’il ment pour leur tendre un piège.

Arafa apprend aux autres non-voyants que perdre la vue ne signifie pas pour autant perdre la vision et qu’il suffit de réfléchir pour connaître la vérité et pour se protéger contre la corruption. Après des mésaventures, Arafa parvient à vaincre les corrompus et unir les non-voyants pour obtenir leurs droits.

 

Sok Ala Banatak (Enferme tes filles) :

Parmi les pièces de théâtre de Lénine Al-Ramli et qui constitue une pièce culte dans l’histoire du théâre arabe, figure “Sok Ala Banatak” (Enferme tes filles) avec le grand acteur Fouad Al-Mohandesse. Al-Mohandesse incarne le rôle de Dr Raafat, un professeur à la faculté d’agriculture. C’est un veuf qui a trois filles et qui est amoureux d’une belle dame. Cette dernière n’apparaît jamais tout au long de la pièce, on entend seulement sa voix lui chanter son amour.

Dr Rafaat souhaite marier deux de ses filles pour pouvoir refaire sa vie et épouser son amante. Or, la vie n’est pas en rose et les trois filles lui causent de nombreux problèmes. Sa fille aînée se dispute avec son mari avant le mariage et le mari arrive avec du retard pour leur cérémonie de mariage. Dr Raafat craint que son futur gendre ne vienne jamais et que la cérémonie se transforme en scandale.

Sa cadette Nadia est amoureuse d’un homme marié du nom de Karim qui cherche à exploiter ses sentiments et sa candeur. Et, sa troisième fille surnommée “Sousou” ne lui pose pas problème jusqu’à ce qu’elle découvre que son père aime une autre femme. Là, elle devient folle de colère et met en place plusieurs stratagèmes en vue d’empêcher tout lien officiel entre son père et n’importe quelle femme dans l’avenir.

Dr Raafat ne pourra malheureusement pas épouser son amante, mais il apprendra à prendre en considération ses filles et à les protéger. Au terme de la pièce de théâtre, elle a fait une leçon de morale à tout père en disant qu’on ne peut plus enfermer ses filles, mais il faut les accompagner sur la bonne voie pour les aider à avoir aussi bien des racines que des ailes.

 

Al-Irhabi (Le terroriste) :

Les films signés de la griffe de Lénine sont aussi exceptionnels. Al-Irhabi ou le terroriste est un film culte. Il traite une affaire réelle : le lavage de cerveau qui est fait aux jeunes ignorants pour les transformer en terroriste et comment ceux-ci sont de véritables bombes à retardement dans la société. L’histoire du film commence lorsqu’un incident terroriste survient dans l’un des quartiers chics du Caire. Un des terroristes s’enfuit pour se cacher, il reçoit une balle et perd conscience. Ainsi, est-il accueilli par une des familles du quartier, qui héberge sans le savoir le terroriste en fuite et lui offre tous les pansements et les traitements possibles.

Couvé par la famille, le terroriste redécouvre la société qu’il taxait comme étant mécréante. Il découvre petit à petit que les mécréants sont aussi croyants que lui et qu’ils ont un coeur d’or.

Le film permet à chaque clan de découvrir l’autre et de connaître le côté humain. A la fin, le terroriste meurt après avoir payé son crime et découvert la vérité amère. Le rôle du terroriste est interprété par le très célèbre Adel Imam, qui a fait parler de lui au moment de sa projection dans les salles de cinéma.

 

Békhit we Adila (Békhit  et Adila) :

Le film “Békhit we Adila” retrace l’histoire de deux personnes, un jeune homme et une jeune femme, qui échangent par erreur leurs valises. Pour récupérer chacun leur bagage, ils passent par une série de mésaventures. Finalement, ils mettent la main sur une fortune dont ils ignorent l’origine. Pour eux, l’essentiel c’est de s’enrichir même si l’argent est volé.

Ils se mettent d’accord sur le partage de l'argent et s’enfuient de leur ville d’origine. Installés au Caire, ils vivent la vie de nouveaux-riches et cherchent à profiter au maximum en s’achetant des appartements, des voitures, des bijoux. A la fin, un groupe mafieux - possesseur de l’argent - les retrouvent, les torturent et leur retirent leur fortune. Ce qui leur reste : c’est leur amour. Le couple est interprété par l’acteur Adel Imam et l’actrice Chérine.

 

Hend et Dr Noman

Côté télévision, Lénine Al-Ramli a laissé à son public un feuilleton culte qui a inspiré toute une génération. La série “Hend et Dr Noman” présente l’histoire très compliquée entre une gamine de 7 ou 8 ans et son grand-père un professeur d’université aux idées rigides. Cette relation très humaine permet aussi bien à la fille qu’au grand-père de changer de personnalité, de murir et de se développer. Le rôle du grand-père est incarné par l’acteur Kamal Al-Chénaoui, une des figures de proue du cinéma.

 

Capitaine Mizo

Capitaine Mizo est un feuilleton comique très intéressant, interprété par l’acteur Samir Ghanem. Mizo est jeune homme richissime, qui s'est appauvri. Fainéant, il n'arrive pas à trouver de travail et ne fait que courir après les belles femmes. A la fin, il doit se mettre avec une femme du nom de Néfissa qui est laide, mais riche. Après plusieurs expériences, Mizo tombe amoureux de Néfissa et se rend compte que l’apparence n’est pas la preuve d’un bon coeur.

 

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